Il y a bien longtemps (aïe aïe aïe pas de chiffre, svp, pitié) j’ai eu l’occasion de faire le tour des Etats-Unis, alors que nous étions étudiants, en compagnie déjà de mon cher et tendre. En bus, Greyound of course.
2 mois, de fin août à début novembre, 9 semaines exactement, parce que tout compte : New York, le Québec, Toronto et ses chutes, Chicago et la rencontre avec notre première famille amie, l’étape farfelue de Salt Lake City (et c’est là que nous avons eu la merveilleuse idée d’aller vérifier si l’eau du lac était si salée que çà. Mais cette étape mériterait un chapitre entier….), enfin San Francisco, rêvée, hors du temps et des conventions, baignant de musique, ah que ce fut difficile d’en partir. L.A., une nuit joueuse à Las Vegas, l’Arizona profonde à Tucson chez un couple d’enfer et génial, le suivi de la frontière, une étape surréaliste à Houston, dans une famille vivant grâce à la NASA et donc un accès privilégié aux maquettes de la future navette et aux salles de contrôle, et enfin, c’est pour çà que j’évoque tout çà aujourd’hui : New Orleans.

3 jours et 3 nuits sur place, à circuler, écouter, goûter (enfin ! des huîtres, pas cuites), à déambuler dans ce fameux quartier français à l’oreille, au gré du son, des cordes, du souffle. Une des rares villes des Etats-Unis où il est agréable de se promener à pied.
Magique. Comme si le temps n’existait pas. Juste le bonheur ou l’insouciance, à se laisser porter par l’ambiance, la musique, la nonchalance, l’impression que rien de mal ne peut arriver. Le charme le plus absolu.
Etapes obligatoires au Café Français, et puis bien sûr au Préservation Hall. Assis par terre, pour écouter ces airs connus, que tout le monde fredonne, pour aider des vieux et des vieilles musiciens, mais vraiment très vieux, qui ne jouent les standards (tels “…oh when the saints…”) que contre un billet supplémentaire. Et pourtant, là, on a l’impression de faire partie d’un cercle très fermé, “d’en être”, on oublie facilement qu’on est juste touriste de passage.

Et pourtant, ce qui m’a le plus intriguée ? j’ose le dire ? et l’écrire ? mes copines le savent, mais bon, je rends çà public.
Dans la rue principale [pardon pour ma mémoire qui flanche, et je ne peux pas faire semblant de me souvenir, nombre de bars, très très avenants. De très jolies (et jeunes) filles devant les portes des bars, fort peu habillées, et qui incitaient à y entrer, dans ces bars. Mais elles m’ont marquée à vie, ces filles jolies et pimpantes. Pourquoi ?

Elles portaient toutes, pour toute décence concernant leurs seins, des pompons, multicolores, bleu-blanc-rouge en général. Avec paillettes, dorures, strass, bref tout ce qui brille. Des qui clignotaient aussi. Oui, des pompons, collés, scotchés, accrochés je ne sais comment, au bout des seins. De manière à rester décentes, n’est-ce pas.
Leur vrai exploit, à mes yeux, était qu’elles pouvaient faire tourner ces pompons dans le sens qu’elles voulaient, les 2 dans le même sens, ou les 2 en sens inverse. Petit mouvement rythmé et charmant. Des épaules ? des reins ? Mystère. Mais leur danse des pompons était fort élégante.
Voilà ce qui m’intrigue encore. Je m’étais promis que je m’entraînerais un jour, pour mesurer la prouesse de ces filles. Vous devinez que je n’ai jamais essayé. Faut dire qu’il faut d’abord résoudre le problème : les trouver ces pompons, les faire tenir, bref, toute une logistique et une infrastructure, et une vraie mise en scène. On n’a qu’à dire que c’est vraiment çà le problème…

Détail insignifiant probablement, cette histoire de pompons, devant l’ampleur de la tragédie que les habitants de New Orleans vivent actuellement. Mais chacun garde de ses voyages des détails qu’il associe à un passage quelque part. Pour moi, New Orleans garde encore le secret de mouvements de pompons, et donc sa magie. Ce sera ma manière de continuer à penser à eux.

 

Crédit : site Air France