Soirée dégustation avec Denis et Florence Dubourdieu

Il y a des invitations qui ne se refusent pas !
Quand des amis m’ont proposé de me joindre à eux pour rencontrer Denis Dubourdieu, déguster ses vins, et entendre ses commentaires de dégustation, je n’ai pas hésité une seconde. La présence de Vincent Poussard aux fourneaux ne pouvait qu’être un plus.

Dégustation dans le cadre des soirées du club de dégustation Vinoe.
Le président de Vinoe est Gérard Montiel, debout sur cette photo.

Nous étions une quarantaine de gourmands. Le principe de commentaires de dégustation, dynamique et constructif, est simple : ceux qui goûtent et ont envie de parler du vin prennent la parole !

Premier vin : Château Reynon Blanc 2009

Un des convives se lance :
– l’œil : jaune pâle, brillant. Remarquable pour ses reflets d’or.
– nez : puissant. Des agrumes, surtout du pamplemousse, des zestes d’agrumes. Des notes florales aussi.
– en bouche : harmonieux, équilibré. Du gras en attaque puis de plus en plus de fraicheur. En accord parfait avec le plat servi.

Denis Dubourdieu :

Après avoir remercié chaleureusement les intervenants pour la précision de leurs analyses, il répond à une question concernant le choix de ses procédés de vinification. Et là, la magie opère, il suffit d’écouter Denis Dubourdieu parler avec passion, et regarder son œil malicieux aussi.

« Le vin n’est pas le résultat d’un procédé.
C’est le rêve du résultat qui impose le procédé ».

Servi avec une fricassée de ris de veau aux asperges vertes.

Deuxième vin : Château Floridène Blanc 2007

– l’oeil : belle couleur d’or, plus gras que le Reynon
– le nez : puissant. Des notes de coing.
– en bouche : vin complexe. Des notes d’acacia, de miel, de fruit confit. Fraicheur mentholée en fin de dégustation.

Denis Dubourdieu

Il explique que les grands vins blancs ont la vertu de faire saliver, et cette idée le réjouit.

« La complexité, c’est la seule antidote que nous ayons contre l’ennui ».

Tournedos de saumon à la ventrèche et petits légumes, sauce matelote

Troisième vin : Château Reynon Rouge 2006

– l’œil : rouge rubis, alcooleux, dense.
– nez : intense, puissant, élégant.
– en bouche : notes de cassis, réglisse, amande fraiche. Grande aptitude au vieillissement. Fait penser à un St Emilion, un Pomerol.

Denis Dubourdieu

Se dit impressionné et ému par la précision des commentaires. Pour lui, il existe deux catégories de vin :
– les vins d’orgueil. Ceux qui les font attendent une gratification de leur ego. Tout comme leurs clients qui attendent une gratification en en buvant ou en en offrant.
– les vins sensibles, comme les siens, faits par des gens qui ont besoin d’exprimer leur sensibilité et celle de leurs clients.

Denis Dubourdieu évoque à ce moment le travail et la peine nécessaires aux producteurs pour donner de la magie à une bouteille de vin, sans les laisser apparaître ou deviner. Le vin ne doit être que plaisir. Denis Dubourdieu compare même son art à celui de la danse : des larmes et du travail intense permanent, pour quelques minutes d’intense bonheur éphémère.

« Le vin est de la musique liquide,
de la poésie sans mots. »

Trilogie d’agneau, cannelloni d’aubergines

Quatrième vin : Château Haura Rouge 2006

– l’œil : robe grenat foncé.
– nez : notes d’amandes grillées, de clou de girofle, de tabac. Vin qui demande de l’aération.
– en bouche : belle amplitude. Fruits rouges, vanille. Élégance, « tout est rond ». Tannins puissants, c’est un vin jeune, donc il aura encore plus de longueur en bouche dans quelques années.

« Il y a de la fraicheur, on dirait que vous le faites exprès ». Grand sourire d’approbation de Denis Dubourdieu.

Vin servi avec du fromage, dont un persillé, ce qui fut fort dommage.

Cinquième (et dernier vin) : le Château Doisy Daëne, Barsac – Sauternes 2003

Vin harmonieux. Notes de fruits confits, de miel d’acacia, de fleurs aussi.

« Merci Monsieur Dubourdieu, ce soir vous m’avez réconciliée avec les vins de Sauternes ».

Il n’en fallut pas plus pour que Denis Dubourdieu prenne plaisir à nous expliquer l’action bien variable d’un champignon sur le degré d’excitation d’un grain de raisin.

« Pour qu’un champignon excite un fruit, il faut que le fruit ait atteint un âge où il est excitable. Et au delà de cet âge, le raisin est à son crépuscule, et il n’est plus excitable, il ne reste que le sucre. »

Salade exotique

Et tous ont conclu en remarquant l’excellent accord de ce vin avec le dessert proposé.

– – – – – – – – – – – – – – – – –

Vous avez deviné que j’ai passé là une excellente soirée, et pour différentes raisons.

Des amis passionnés, du bon vin, la cuisine de Vincent Poussard, sont des gages d’une soirée réussie au restaurant du lycée hôtelier de Talence.

Mais l’exceptionnel de ma soirée tient au talent de Denis Dubourdieu. Talent à nous faire partager son amour du vin, du travail bien fait, avec beaucoup d’humour, de poésie et de sagesse.

Tellement de talent que je suis jalouse de ses étudiants, que je souhaiterais pouvoir l’écouter des heures et des heures.

Ce compte-rendu est personnel, non exhaustif bien sûr. Il ne reflète que les moments les plus intenses que j’ai vécus lors de cette soirée. Et pourtant, j’aurais aimé aussi vous dire que Denis Dubourdieu a parlé des rôles du calcaire et de l’argile, de ses relations avec les critiques de vin, de ses recherches à l’Université. Je voudrais aussi évoquer la gentillesse de Florence Dubourdieu, attentive et chaleureuse.

Merci encore à Vinoe, Gérard, Jean-Pierre, Marie-Françoise et Jacques, pour cette excellente soirée.

Pour avoir plus d’informations sur les intervenants de cette soirée, il suffit de cliquer sur les liens ci-dessous :

Les Vins de Denis et Florence Dubourdieu

Vincent Poussard

Les restaurants du lycée hôtelier de Talence

Vinoe n’a pas de site, ce qui est dommage ! mais j’ai cru comprendre que cela ne saurait tarder…

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4 réflexions sur “Soirée dégustation avec Denis et Florence Dubourdieu

  1. Il y a des parenthèses d’une soirée qui nous font réaliser encore plus la chance que nous avons d’habiter dans ce pays….surtout en ce moment!
    Tu en as vécu une, et merci de la partager avec nous.
    Et bravo pour ta décision de reprendre le flambeau pour la réalisation des Merveilles, il y a des traditions familiales qu’il ne faut pas laisser filer (cf article précedent!)

  2. Tu as bien raison, Anne. Profiter de bons moments, aussi fugaces soient-ils, aident à tenir debout, et à se dire que malgré tout la vie continue.
    Quant aux oreillettes (différentes des merveilles de notre belle-famille), oui je vais en refaire, et en refaire encore, pour ne pas perdre la main.
    Bises

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