Fille de l’air….

Les souvenirs de calme absolu, d’immense sensation de liberté, de douce impression de flotter, du sifflement léger de l’air sur les ailes. Ce sentiment d’être maître de sa vie.
Voilà ce qui m’est revenu en mémoire en préparant ma plongée samedi dernier.

Je devais avoir 15 ou 16 ans, et déjà des fourmis dans les pattes. Pas encore l’âge d’apprendre à conduire, alors j’avais convaincu mes parents que je pouvais apprendre à piloter. Je ne les remercierai jamais assez d’y avoir cru, ou d’avoir fait semblant, et de m’avoir accompagnée dans ce projet, un peu fou à l’époque quand même.

J’avais passé (et réussi) un concours pour être boursière de l’aviation civile, ce qui m’a permis d’apprendre à piloter pour le prix de la cotisation annuelle d’une assurance spécifique. J’étais devenue imbattable sur les moteurs 2 temps et 4 temps, les dessins des ailes d’avion, la météo… un peu moins sur l’histoire de l’aviation. Tout ce qui était technique me passionnait… ahhh, les mouvements de l’air sur les ailes…

planeur-dessin

Source http://benlpeintures.canalblog.com/archives/2010/07/31/18712749.html

Imaginez, il y a quelques dizaines d’années, une fille de 15 ans, la seule, apprenant à piloter dans une base militaire ! c’est-à-dire au milieu d’instructeurs militaires, et de jeunes mâles militaires aussi. Vous savez quoi ? ils ne m’ont pas mangée…

Bien sûr, il a fallu gagner mes galons à moi, c’est-à-dire les convaincre que je venais là pour piloter et pas pour draguer du futur militaire de carrière, en un mot être acceptée.

L’épreuve du premier vol, en doublon forcément. Moi devant, au ras du nez du « bijave ». L’instructeur derrière moi. Un temps infini en vol où il a testé mon estomac, mon cœur, mes nerfs, ma détermination à rester. Je n’ai pas crié, je n’ai pas vomi (merci mon estomac, solide à toute épreuve, j’ai pu le vérifier maintes fois), je devenais respectable !

wassmer_wa-30_bijave

Source : https://www.j2mcl-planeurs.net/dbj2mcl/planeurs-machines/planeur-fiche_0int.php?code=1605

La régularité, à passer des après-midi entiers sur un bord de piste à attendre son tour, à progresser. Mercredi et samedi après-midi, à attendre son tour au bord d’un terrain d’aviation, à chaque fois que les conditions météo nous y autorisaient. Et au grand désespoir de mes copines qui ne comprenaient pas vraiment comment je pouvais apprécier de passer mes après-midi dans un champ, pour une 1/2 heure de vol. Rien à expliquer…. voilà.

Et puis, enfin, l’autorisation d’être lâchée ! enfin toute seule dans un tout petit planeur [et un peu vieux aussi], la check-list pour soi-même, le moment quand même de me demander pourquoi je me compliquais la vie ainsi, la montée derrière ce câble de remorque, et…. on tire la manette et c’est parti, pour l’adrénaline et le bonheur aussi.

Je me souviens d’une demie-heure de pur bonheur pour ce premier vol en solo. Des mois que je n’attendais que ça !

En réalité je n’avais compris (pas voulu ?) que, pour le premier vol en solo, ce vol tient de l’exercice : montée à 300-400m tirée par un avion à moteur, lâchage du câble, petit tour et atterrissage.
Ben moi, j’ai fait comme d’habitude avec l’instructeur : balade en l’air tant qu’il y a de l’air chaud pour nous maintenir en vol. Je n’ai pas un instant soupçonné les gens au sol de se demander pourquoi je restais si longtemps en vol….

Autonome. Libre. Le ciel, les champs en dessous, l’air, le vent. J’ai donc pris mon pied.

J’ai arrêté à 18 ans, au moment du bac, je n’ai jamais recommencé. J’ai retrouvé un peu ce type de sensation en voilier, sans cette notion de risque total quand même. Il me reste juste un petit pincement au cœur chaque fois que mon œil croise un planeur….
Et aucune photo souvenir… je n’ai pas en mémoire que quelqu’un soit venu immortaliser ces moments. Il me reste un bout de papier, un diplôme… de ces expériences, grand moment de ma vie si j’y repense…

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5 réflexions sur “Fille de l’air….

  1. souvenir souvenir et je te remercie du don d’1/2 heure.
    le silence et le sifflement dans les ailes fines du planeur donne la sensation de les avoir à la place des bras.
    par contre avoir un parachute alors que le cocpit s’ouvrait de l’extérieur, j’ai toujours pas compris 30 ans aprés

  2. Merci Philippe pour ce commentaire rapide.
    Pour cette histoire de cockpit verrouillé de l’extérieur, et ben, figure toi que moi non plus je n’ai jamais élucidé. Peur que les apprentis sautent par-dessus bord ? flemme de réparer ?
    de toutes façons, je savais pas me servir du parachute, alors…. verrière ouvrante ou pas, ça changeait pas grand chose. Fallait être inconsciente, quand même… quand j’y pense !!

  3. Ben j’ai bien fait de dépanner ton blog… elles sont chouettes tes histoires.

    Elles me donnent envie de te faire un autre cadeau : mais là, SURPRISE ! ;o)
    Tout ce que je peux te dire, c’est que ce sera directement inspiré de cette note là…

  4. Ca c’est beau et bon!… J’ai fait ça avec un amoureux de ma soeur qui pilotait devant moi, quand j’avais 18 ans, du planeur, c’était magnifique… première fois que je montais de ma vie dans un avion, et un planeur en plus, ce silence… c’est ce qu’il y avait de plus spectaculaire… le silence… au-dessus des Ardennes, à Saint-Hubert, en Belgique…

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